Un second prototype est réalisé
dans la foulée, sur la même base mécanique et c'est essentiellement
la carrosserie qui est affinée.

Photographiée ici devant l'entrée
de l'Usine de Chatillon, étudié sur la même base, le capot,
assez proéminent, reçoit une calandre redessinée, frappé
de l'emblème aux trois R-BF entrelacés identique à celui
ornant les cache-écrous des roues de sides (voir l'emblème en tête
de page).
La partie mécanique est inchangée, elle garde son 4 cylindres transversal
à plat de 800 cm3;.
L'intérieur, accessible par des portes s'ouvrant face à la route,
est composé d'une large banquette, le compteur est en position centrale
et le changement de vitesse est rattaché à la colonne de direction.
Une fois les portes fermées et les vitres latérales montées,
la visibilité est large car le pare-brise est sans montant, selon le procédé VUTOTAL inventé par Jean-Henri
Labourdette et cédé en licence à Bernardet.
Ce prototype sera légèrement modifié
avant d'être exposé au 33e Salon de l'Automobile de
1946 à Paris au mois d'octobre sur le stand Bernardet du premier Salon
de l'Auto d'après guerre. Calandre, pare-chocs avant, grilles des ouïes
latérales, ailes avant, capote ou encore vitres de côté sont
revus.

Ce Salon de 1946 est d'abord celui de l'illusion
puisque presque rien n'y est à vendre. Les voitures exposées sont
réservées en majeure partie à l'exportation dans le but d'obtenir
les devises dont notre économie a besoin. Bernardet tient y à être
présent pour démontrer son savoir-faire et affirmer ses nouvelles
prétentions. Et, surtout, espérer obtenir ces fameux bons matières
du Gouvernement qui auraient permis d'envisager une production en série
de leur petite traction avant qui suscite un certain intérêt chez
les visiteurs.
Mais de graves divergences vont les frères Bernardet opposer au Ministère
de l'Industrie qui exige leur inscription au Parti Communiste en échange
de son soutien et de l'aide matérielle de l'Etat. Solidaires, les trois
frères refusent ce chantage et, après avoir déposé
plusieurs brevets concernant leur voiture, décident de la faire construire
à l'étranger. Des contacts prometteurs sont noués avec un
groupe financier italien qui finalement se rétracte, puis refuse de restituer
les prototypes qui lui ont été confiés et qui avaient pris
la route jusqu'en Italie.
Conservées par les Italiens, ils ne reverront
jamais ces prototypes. Ce qui avait permis de couper court à une rumeur
concernant les performances, voire l'impossibilité à rouler des voitures.
Elles ont totalement disparu de la circulation. Ils sont, peut-être, encore
dans un garage, quelque part en Italie !


Sur le stand du 34e Salon de l'Auto qui ouvre
ses portes le 23 octobre 1947, on retrouve un cabriolet présenté
l'année précédente, seul survivant de l'aventure italienne
ratée. Mais modifié par d'infimes détails.
La calandre à quatre barres chromées est placée moins haute
et les enjoliveurs sont d'un diamètre plus large.

à côté de ce cabriolet,
une berline de luxe plus large et plus spacieuse pouvant accueillir quatre personnes
sous son hard-top est exposée. La base mécanique reste identique,
seule la carrosserie ayant été profondément revue. Bien que
présentant de sérieux arguments commerciaux, cette voiture a la
mauvaise idée d'entrer en concurrence directe avec la Renault 4 CV qui sera bientôt lancée par la Régie Renault.
Les institutions gouvernementales bénéficiant d'évidentes
prérogatives, il faut certainement y voir une relation de cause à
effet au nouveau refus du gouvernement d'accorder à la société
Bernardet les bons indispensables pour acheter les matières premières
nécessaires à la fabrication en série de la voiture.

Salon de Genève en 1947
C'est une nouvelle déception pour les frères Bernardet, d'autant
que le cabriolet et la berline reçoivent un accueil tout aussi chaleureux
aux Salons de Genève et Bruxelles, qu'à celui de Paris.
Plutôt que de s'entêter face à une coalition politico-économique
qui les aurait détruits, Bernardet décide donc de se tourner vers
le scooter.