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LES VOITURES BERNARDET

Jean-Henri Labourdette

1888 - 1972

Carrossier français.

Jean Jacques Henri Labourdette, né le 4 décembre 1888, à Paris 16e, de Henri Jean Labourdette (01/09/1855-15/12/1910) et de Elina Zoé Fournier (?-18/03/1903), commence à travailler très jeune.

Peu après la mort de son père, Henri Jean en 1910, il est adopté par sa tante Fernandine Fournier le 22 avril 1913. Il épouse Georgette Vial-Debaker le 21 décembre 1912, à Paris 16e. Il prend sa succession en se nommant Jean-Henri.

Sous sa direction, inspirée des techniques les plus nouvelles et adoptant les lignes les plus modernes, la carrosserie parisienne de l'avenue Malakoff ne tarde pas à devenir l'une des plus célèbres du monde automobile de l'entre-deux-guerres.

L'activité automobile de la firme remonte à l'avènement même de l'automobile, qui provoque le déclin progressif des voitures à chevaux, domaine dans lequel l'entreprise a occupé une place de premier rang jusqu'à cette époque. La première carrosserie Labourdette destinée à équiper le nouveau moyen de transport est un simple dogcart, avec des sièges dos-à-dos, fabriqué en 1896 sur un châssis de Georges Richard. À partir de ce moment, la fabrication de carrosseries est de plus en plus importante.

Pour confirmer la réputation toujours croissante de l'entreprise, il faut citer le nom de clients illustres tels que le roi d'Espagne Alphonse XIII, René de Knyff, administrateur délégué de Panhard & Levassor, le constructeur Louis Renault. On pense même que la conduite intérieure Renault de 1899, considérée comme la première de l'histoire de l'automobile, a été conçue justement par Labourdette. Ce qui est sûr, c'est qu'il est le constructeur de la première voiture fabriquée en 1906 pour le président de la République Fallières, une limousine sur châssis 20 HP Panhard & Levassor.

En 1910, Labourdette réalise une conduite intérieure extra-légère dont la caisse pèse 300 kg seulement, c'est-à-dire presque la moitié du poids d'une carrosserie normale. Cet allégement est obtenu en choisissant de façon toute particulière les matériaux et en laissant, à l'intérieur de la carrosserie, l'ossature dégarnie.

En 1911, succédant à son père qui lui a enseigné toutes les faces de l'art de la carrosserie, Jean-Henri Labourdette prend en main la direction de l'entreprise. Ayant définitivement perdu leur caractère traditionnel, les voitures sortant des usines parisiennes prennent alors un style nettement personnalisé, souvent même d'avant-garde. Les torpédos Labourdette, par exemple, arborent parfois une allure de voitures de course, tandis que les conduites intérieures sont traitées sportivement.

Une autre voiture, destinée à René de Knyff, représente une étape décisive dans l'histoire de la firme Labourdette : le célèbre skiff de 1912, une création très originale en forme de bateau, sans portière, dont l'ossature, fabriquée suivant la technique traditionnelle de la charpenterie navale, est recouverte d'un triple bordé en acajou fixé par des clous apparents. Ce premier modèle est fabriqué par les chantiers navals Despujols : le poids de la caisse n'atteind pas 180 kg, y compris le pare-brise, les garde-boues et les quatre sièges. Ce skiff pousse André Citroën à passer commande de trois voitures semblables qui servent de modèle pour la Citroën B2 type « Caddy », qui est construite en petite série.

Le style nautique influence une grande partie de la production Labourdette et se matérialise de nouveau dans le célèbre cab-skiff. Ce type de carrosserie, très demandé dans les années vingt et fabriqué en plusieurs centaines d'exemplaires, a les sièges arrière protégés par un très petit pavillon. Très appréciés pour leur ligne originale, les cabs-skiffs se distinguent par une autre caractéristique de la ligne Labourdette : la séparation très nette des structures de la carrosserie en haut et en bas de la ceinture de caisse, la partie supérieure ayant toujours une section plus étroite que la partie inférieure.

En 1912, le célèbre aviateur français Roland Garros s'achète une Bugatti Type 18 de Grand Prix automobile (Châssis 474) à l'Usine Bugatti de Molsheim. Il la fait carrosser en Torpédo par Labourdette. Abattu en vol à l'age de 30 ans, en 1918, Ettore Bugatti baptise son plus jeune fils Roland Bugatti en mémoire de son ami et les 7 exemplaires de Bugatti Type 18 Labourdette produits sont baptisés depuis «Black Bess Roland Garros» rapport à la jument noire de Dick Turpin.

Avec le souci constant de donner aux voitures une ligne nette et élancée, le carrossier français adopte divers moyens pour cacher la capote de la torpédo lorsque celle-ci était repliée ; sur les skiffs, elle est souvent complètement amovible et peut être placée dans un coffre. Quelques types de voitures découvertes sont pourvues uniquement d'une sommaire capote-parapluie.

Le génie créateur de Labourdette ne se contente pas uniquement de la recherche de la ligne. Au début de la Première Guerre mondiale, il expérimente les premiers lève-glaces électriques et est parmi les premiers à incorporer la malle dans le corps de la voiture et à fabriquer des carrosseries avec deux glaces latérales sans montant intermédiaire.

 

Le désir d'augmenter la visibilité l'amène d'abord à éliminer les encadrements des glaces latérales et, ensuite à concevoir le système « VUTOTAL » : les pare-brises des cabriolets sont sans montants latéraux ni supérieurs et la capote est fixée directement sur 2 pattes sur la vitre, très épaisse.
Un premier brevet n°821.821 est déposé le 19 août 1936 pour une glace sans encadrement ni châssis.

Au Salon de Paris de 1936, Labourdette présente une conduite intérieure Vutotal sur châssis Delage, avec le toit en porte-à-faux boulonné directement sur le pare-brise. C'est selon ce système (utilisé en Italie, sous licence par Castagna) qu'est réalisé en 1937, sur dessin de l'ingénieur Jean Andrean, la berlinette aérodynamique Delage 12 cylindres qui prend part au Grand Prix de France, puis sur une étonnante Rolls-Royce Phantom III Cabriolet de 1939, recarrossée en 1947.

L'activité de la carrosserie Labourdette prit fin en 1939, en poursuivant ses travaux de pare-brise.
Un 2e brevet n°976.255 est déposé le 6 octobre 1948 pour un perfectionnement du système et permet des formes de pare-brises differents, à 2 pans sans montant central, pour capot courbé...
 

Deux prototypes de voitures construits par Bernardet ont utilisé la licence du pare-brise Vutotal, la première exposée au Salon de 1946 et l'autre en 1949.

 

Jean Henri Labourdette meurt à Saint-Laurent du Var le 20 août 1972.